Lectures de l’UTL

Katy
• La saga des Cazalet :
1.- Étés anglais
2.- À rude épreuve
De Elizabeth Jane Howard (romancière britannique, 1923-2014).
L’histoire débute en juillet 1937. Trois générations d’une famille aisée anglaise (le grand-père a construit sa fortune dans le commerce des bois exotiques) se retrouvent, comme tous les étés, à Home Place, une résidence du Sussex, entourées de servantes, cuisinières, chauffeurs, préceptrice et autres nurses. C’est ce microcosme (pas loin de 60 personnages tout de même) que va décrire minutieusement l’auteure, aussi bien à travers leurs activités que leurs pensées, en résonance avec les événements nationaux et internationaux (les fils ont été mobilisés pendant la Première Guerre mondiale et certains le seront lors de la Seconde). Les relations entre les maîtres et leurs gens de service sont honnêtement rapportées ; les consciences s’éveillent ou évoluent dans chaque classe.
Pour moi en tant que lectrice, rien qui puisse me renvoyer à une situation vécue car tout se déroule dans un monde loin du mien dans l’espace, le temps et le milieu social ! Cependant, les descriptions de lieux, paysages et contextes de l’époque, le déroulement des journées, la finesse de l’étude psychologique des protagonistes, tout est intéressant -j’ai trouvé que les enfants et adolescents étaient particulièrement bien cernés. Pas de manichéisme, chacun a ses faiblesses, ses bons côtés ; l’écriture elle-même a des pointes d’acidité qui donnent encore plus d’intérêt au récit ; globalement l’auteure rend les Cazalet sympathiques et donne envie de les suivre encore quelque temps. Une lecture d’évasion. Vous trouverez des analyses complètes sur internet pour vous faire une idée plus précise.
NB il y a encore 3 tomes, peu à peu traduits et édités en France. La totalité avait été éditée en Angleterre dès les années 90.

La familia grande de Camille Kouchner
La question que je me suis posée en voyant ce livre sur la table des nouveautés à la bibliothèque « est-ce que ce n’est pas par voyeurisme que tu vas lire ce livre ? » a été balayée par le feuilletage des pages. Donc je l’ai emprunté. Pas de voyeurisme, une écriture parfois sèche, très factuelle. Le récit est essentiellement celui d’un mode de vie, que je qualifierais de toxique, de grands intellectuels, de gens qui se disent « libres », décomplexés, monde dans lequel les enfants sont, malgré eux, plongés. L’auteure, détentrice d’un secret qui l’asphyxie, aborde, avec pudeur et douleur, le manque d’amour, aussi bien paternel que maternel, la trahison du beau-père admiré et de sa mère face au crime de l’inceste. On sent la nécessité d’un tel livre, longtemps remis, pour « sauver sa peau », celle de son couple et celle de ses enfants.
Là aussi les analyses ne doivent pas manquer, je n’en ai pas lu, je me contente de vous donner ces courtes impressions personnelles

L’enfant de l’aube de Fanny Leblond (écrivaine du Blayais)
Le livre est né de lettres retrouvées par Fanny Leblond dans un grenier familial. Ce sont celles d’une jeune femme, Hélène, à ses parents (dommage qu’il n’y ait en retour aucune réponse). À partir des éléments connus, l’auteure recrée la vie d’Hélène : en 1921, celle-ci quitte sa famille de commerçants assez aisés pour suivre son mari, pilote à la base de Cazaux (Gironde) près de laquelle le couple s’installe. Beaucoup de thèmes abordés : la filiation (Hélène laisse planer un doute sur son éventuelle adoption) ; le camp des tirailleurs sénégalais « accueillis » dans des conditions indignes (1916-1917) (trop rapidement évoqué, source d’une autre intrigue : qu’est devenu le fils d’Anna et de l’un de ces soldats ?) ; l’émancipation d’Hélène et son amie au temps des années folles ; et d’autres encore…
L’écriture ne m’a pas parue fluide, surtout dans la première moitié de l’ouvrage : au cours d’un même paragraphe, on passe du récit à des énoncés généraux dont on ne comprend pas s’ils sont les pensées de l’auteure ou d’un protagoniste et qui paraissent « plaqués ».

J’ai lu ce livre par sympathie spontanée pour nos régionalistes qui écrivent, en sachant les difficultés d’une telle entreprise, lorsque ce n’est pas leur métier. L’ouvrage aurait demandé à être retravaillé, étoffé.

Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba (jeune auteure québécoise)
Lassée des bruits du monde, sur un fil d’où elle risquait de tomber du mauvais côté, l’auteure se réfugie dans une cabane déglinguée, sans eau ni électricité, dans la forêt de Kamarouska, -40°C, peuplée de loups à éviter quand on va fendre du bois ou collecter de la neige à faire fondre, vous voyez le décor ! Eh bien ce n’est pas douloureux malgré ces conditions extrêmes, mais prétexte à introspection, à réflexion sur la richesse de la nature, fut-elle hostile, sur le comportement humain, sur l’écriture, etc. Belle écriture justement ; originales les listes d’engagements vis-à-visde soi-même ; de la poésie, de l’humour. Évidemment on pense à Sylvain Tesson, à Thoreau.
Ce livre est très court, on a envie de le prolonger et ça tombe bien il y a une suite en deux volumes Sauvagines et Bivouac.

Serge de Yasmina Reza
Que c’est bien écrit ! À travers le roman, on retrouve dans tous les dialogues la plume de la (talentueuse) auteure de théâtre.
Moments de vie d’une famille juive, dont les membres sont entrelacés pour « le meilleur et le pire » ; l’humour permet de ne pas s’appesantir sur les drames ; la visite du camp d’Auschwitz est remarquablement traitée ; le vieillissement est aussi un thème fort de ce livre.

Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani
L’auteure a accepté d’être enfermée une nuit dans le musée de la Douane à Venise. Original ! Petit livre très agréable à lire, qui en apprend beaucoup sur l’écrivaine, ses deux cultures, les affres de la création (littéraire ici), sa relation à son père ; les œuvres d’art devant lesquelles elle s’arrête, avant de finir la nuit sur un lit de camp, ne sont que des prétextes -ou éléments déclencheurs- à son introspection (ces œuvres sont toutefois bien décrites, avec des indications sur les artistes).

Notre solidarité n’a jamais été confinée de Vincent Bordas, Cathy Bordas et Adam Ahmat-Ali
Récits croisés d’un jeune réfugié tchadien, du Français qui l’a orienté à son arrivée à Bordeaux vers les associations ou refuges, et de la mère de ce dernier qui l’a ensuite hébergé, nourri, le temps de la finalisation de son insertion. Une histoire de solidarité en 2020-2021.

Annie
« L’ami » de Tiffany TAVERNIER
Le narrateur Thierry et sa femme découvrent avec effroi et accablement que leurs proches voisins et amis, Guy et Chantal, sont des êtres immondes qui ont séquestré et assassiné des adolescentes pendant des années. Dans un premier temps, l’auteure décrit le désarroi profond de Thierry et de sa femme, complétement effondrés. Dans la seconde moitié du roman, cette tragédie va servir de catalyseur pour faire émerger ce qui était enfoui dans le subconscient du narrateur et dans ses relations avec sa femme. Ce portrait d’un être tourmenté, de son cheminement intérieur pour essayer de se reconstruire est traité avec une grande finesse psychologique.

« Serge » de Yasmina REZA
Il s’agit du portrait d’une famille juive peu pratiquante composée de Serge, l’aîné, Jean le narrateur dans l’ombre de l’aîné et d’Anne dite Nana. Leurs relations se sont distendues au fil des ans, ils se disputent souvent mais demeurent liés malgré tout. Ils entreprennent à la demande de Joséphine la nièce, un voyage à Auschwitz, sur les traces du passé. L’écrivaine porte sur eux un regard parfois acerbe, ironique, mais aussi empreint de tendresse. C’est l’évocation d’une famille imparfaite avec ses tensions, ses mensonges, ses non-dits mais qui reste solidaire dans l’épreuve.

« Traverser la nuit » d’Hervé LE CORRE
C’est un polar très noir. L’action se déroule dans un Bordeaux noyé dans la brume, la pluie, la plupart du temps.
Trois personnages principaux, des êtres tourmentés, émergent : Jourdan un policier à la dérive ; Louise fille de professeurs, ancienne droguée, devenue aide-ménagère pour personnes âgées, poursuivie par son ex-compagnon particulièrement violent ; Christian, un ancien militaire paranoïaque, animé de pulsions meurtrières.
C’est un roman très dur qui souligne, avec réalisme et crudité, les aspects les plus infâmes du monde dans lequel nous vivons, l’inhumanité de certaines situations, vécues par des gens malheureux, déboussolés, cabossés par l’existence.

« Le parfum des fleurs la nuit » de Leila SLIMANI
Comme Katy, je pense que c’est un livre très agréable à lire. L’écriture est élégante, fluide, épouse le fil des déambulations de l’écrivaine et de ses rencontres avec les œuvres, les bruits, les odeurs dans le Musée de la Douane à Venise. De plus, le questionnement sur le sens de l’écriture, son plaidoyer pour la littérature sont fort intéressants.

Corinne

Christian

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